Christian Humbert-Droz

Suisse, sérigraphie


On ne compte plus les affiches qui sortent de son atelier, sans parler de sa revue au nom de mouche à vinaigre, le Drozophile. Que serait la bande dessinée genevoise sans lui? Dans l'ambiance ouvrière et «encrière» de son atelier, où travaille aussi son épouse, Catherine, il affronte les défis et déploie des prodiges d'ingéniosité. Son art est reconnu à Paris et même aux Etats-Unis, depuis que le grand Will Eisner ne jure plus que par lui. Christian Humbert-Droz, a reçu en 2001 le Prix de l'artisan décerné par l'Association des communes genevoises. «Je ne fais pas de la reproduction, je fais de l'interprétation.» Son grand truc, c'est la sérigraphie sur papier. Il imprime les affiches de l'AMR, de la Comédie, de Saint-Gervais ou du Grütli, mais aussi les politiques, qui font de Genève la capitale remarquée des engagements du neuvième art.

C’est après huit ans à vivre comme moine-peintre dans un monastère pakistanais de tradition soufie, que Christian Humbert-Droz revenu au pays avait entamé un apprentissage de sérigraphe. Le fils du graphiste ayant conçu le premier livre-disque de l'ourson Colargol est aujourd'hui éditeur. Les Editions Drozophile publient une revue collective (qui porte ce nom) aussi «classieuse» qu'inclassable et de beaux ouvrages à forte odeur d'encre. «J'apprends beaucoup en travaillant. J'utilise des trames hyperfines afin qu'elles ne se voient pas. En cherchant un blanc transparent, je tombe parfois sur un rose, qui sera agréable pour chaque couleur. L'impression bouffe la profondeur et ça m'énerve. C'est parfois au 16e ou au 17e passage, vers 22 heures, que me vient l'idée d'un irisé gris sous les couleurs.» Christian Humbert-Droz s'enflamme en évoquant les subtilités de son art, qu'il pratique de manière artisanale. Le contrôle manuel sur chaque tirage, il y tient. Le trac? Il le connaît, bien sûr: «Et si l'auteur n'allait pas aimer?» Mais Loisel, Juillard, Baudoin et tous les Genevois en redemandent. Ce qu'il aime le mieux faire? «Le Drozo, c'est le plus dur, c'est comme si on réalisait dix bouquins, mais j'aime ça, car c'est aussi l'occasion de rencontres ou de retrouvailles avec les auteurs.» (texte tiré d’un article de Michel Rime pour le journal 24H)

+ sur drozophile.ch